Pas de « Bernard sans Hinault » chantaient les Fabulous trobadors (1). Et pas de Lemond sans Lammerts, pas de Mc Ewen sans Gates, pas de Cipo sans Scirea. Le champion, a toujours eu à ses côtés, quelle que soit l'époque, son alter ego, poisson pilote, ami d'enfance ou compagnon des rangs amateurs, compatriote ou camarade de promotion chez les professionnels. Mads Kaggestad est l'un de ces obscurs. Ami de Thor Hushovd depuis « presque toujours », il est « l'homme de », celui qui doit une partie de sa carrière à son champion d'ami. Simple et sincère, Kaggestad assume, sans forfanterie ni complexe, sa place particulière dans le peloton français.
« J'AIME BIEN TRAVAILLER »
Au Crédit agricole comme ailleurs, le leader ou l'espoir déraciné bénéficie d'un traitement de faveur : Vogels pour O'Grady, Belotti pour Caucchioli, Bennington pour Millar. Préféré en 2003 à Gabriel Rasch et Rune Jogert par le Crédit agricole pour accompagner Thor Hushovd dans son adaptation sur le territoire français, Mads Kaggestad partage une réelle complicité avec le maillot vert du Tour 2005. Tous deux résident au Boulou, non loin de Perpignan, sont licenciés du club local et partagent leurs sorties d'entraînement dans les petits cols catalans. Etrange paradoxe, sur les courses, leurs routes se croisent bien plus rarement, Mads évoluant fréquemment à un échelon inférieur à celui de Thor. Bien dans ses baskets, Kaggestad ne cultive pas de complexe. « Tout le monde est sympa avec moi dans l'équipe. Je connais les directeurs sportifs, les coureurs. Je suis bien. Tout simplement ». Pas touriste pour autant, Mads, qui tant bien que mal se dévoue autant que faire se peut pour son équipe, travailleur de l'ombre sur les courses lointaines, soutier des manches de Coupe de France. Une question le fait rire pourtant : celle de son rôle dans l'équipe. Pas de gêne. La réponse fuse. « Moi, j'aime bien travailler pour l'équipe. Je suis un vrai équipier, qui aime l'effort. C'est vraiment sympa aussi de pouvoir travailler dans une échappée, même si ce n'est pas tous les jours. De toute façon, on a tous notre chance, non ? ».
AMI DU RAISIN
Sur les courses, Mads Kaggestad court souvent avec l'équipe B, celle des jeunes, au contact des néo-pros, des hommes en méforme ou de retour en compétition. « J'aime bien les jeunes de l'équipe, échanger avec eux, partager ma petite expérience. » Des liens se créent sur ces épreuves. Les expatriés se rapprochent. Mads se retrouve dans la position du grand frère, de l'aîné, parmi ses jeunes coéquipiers. « Le Tour du Pays basque fut très difficile pour tous. Nous avions des nouvelles très alarmantes de Saül Raisin (2). C'était un grand choc pour moi. Il pouvait mourir pendant notre journée de course. C'était terrible. C'est vraiment un bon mec, toujours marrant, avec qui j'ai passé pas mal de temps lors de son arrivée dans l'équipe, car je parle anglais. Il est sauvé maintenant. Je ne sais pas s'il voudra revenir sur le vélo... Je pense que oui, car il aime tellement le vélo, la vie de coureur cycliste, les voyages.... ».
« SI JE NE PROGRESSE PAS, J'ARRETE »
Plutôt catalogué puncheur et bon rouleur lors de ses premières performances en Norvège et en France dans les rangs Elites 2, Mads Kaggestad n'a pas laissé ses rêves sur le bord de la route. Le rêve n'est pas que l'apanage du champion et l'autre norvégien de Catalogne s'accroche, sans jamais s'avouer vraiment vaincu. « J'avais un rêve chez les pros... Cette année, je crois qu'il s'est évanoui. Je rêvais de disputer le Giro, mais j'ai beaucoup couru depuis le début de saison : en Australie, aux Etats-Unis, en Europe aussi. Sur les dernières courses, comme la Flèche wallonne que je n'ai pas pu finir, j'étais un peu cramé. Je crois que je risque de finir premier remplaçant sur le Tour d'Italie ». Premier remplaçant sur le Giro, mais toujours premier de cordée sur les épreuves à venir. Avec un seul (dernier) objectif. « Les voyages, c'est sympa. C'est la vie de coureur cycliste. Mais j'aimerais tellement faire un résultat, très vite, entrer dans les dix premiers d'une belle course, remporter enfin une victoire. N'importe laquelle. C'est ma quatrième année chez les professionnels. La saison avait bien démarré, mais si je ne progresse pas, j'arrête. Ma copine, qui est en Norvège, me manque beaucoup. J'aurais quand même connu une belle expérience. Mais, je n'ai pas dit mon dernier mot ».
LA RELEVE BOASSON HAGEN
L'avenir, pour Mads, se dessinera peut-être dans le sillage de son père, entraîneur réputé en Norvège. Avec Atle Kvalsvoll, ancien coureur de Z sous l'ère Lemond, Johan Kaggestad encadre Thor Hushovd, qu'il connaît depuis les rangs amateurs (3). « Vous connaissez peut-être Edvald Boasson Hagen (4) ? Il a tout pour devenir un champion. Il revient très fort après avoir été malade cet hiver. S'il a le moral, ce sera un grand ». A défaut de voir la vie en rose sur le Giro, Mads l'équipier reprendra la route dans les prochaines semaines, à la recherche d'un premier bouquet chez les pros, en Picardie, au Luxembourg ou ailleurs. Rien à prouver, juste prendre du plaisir. God hell i Deres liv, Mads (5) !
(1) « Pas de çi » - Wagram/Bondage - 1990
(2) Saül Raisin a chuté à proximité de l'arrivée à Angers, lors de la première étape du Circuit de la Sarthe – Pays-de-la-Loire.
(3) Johan Kaggestad est également commentateur pour la télévision norvégienne.
(4) Edvald Boasson Hagen a remporté détaché la 4ème étape du Tour Nord Isère, terminant 7ème et meilleur jeune de l'épreuve au classement général.
(5) « Bonne chance dans la vie, Mads ».
en bref
Né le 22 février 1977 à Ringerike Sykehus (Norvège). Professionnel depuis 2003 au sein du Crédit agricole, Mads Kaggestad (1m75 - 65 kg) a été champion de Norvège du contre-la-montre en 2001 et a remporté, à domicile, le Ringerike Grand Prix, principale épreuve par étape norvégienne en 2002.
gagne vite quelque chose faut pas que tu arrêtes !